5 ans plus tard…
Amusant de constater que même dans le domaine du web, où tout est supposé aller très vite, un article rédigé il y’a 5 ans est encore largement d’actualité est pourrait considérablement améliorer les relations entre de nombreux sites web et leurs visiteurs.
En « googlelant » certains de mes nouveaux collaborateurs, question de savoir ou j’avais bien pu atterrir (et sans doute un peu dans l’espoir de trouver enfin des collègues geek) je suis tombé sur un article rédigé par l’un d’entre eux il y’a un peu moins de 5 ans. A la vitesse où se développent et s’implantent les idées sur le web, cet article n’aurait normalement du être qu’un vestige d’enseignements largement intégrés dans nos pratiques quotidiennes. Malheureusement, on est pourtant encore très loin d’une mise en pratique quasi systématique des points évoqués dans cet article.
Passons en revue les différentes « Lois » cité dans l’article de Vincent : Most web sites suck (un titre digne d’un « Jakob votre site est tout pourri Nielsen » ;-)).
Law 1: Talk about them, not you / Loi 1 : Parlez d’eux, pas de vous
Je ne compte plus le nombre de réunions de lancement durant lesquels mes interlocuteurs insistaient sur la sensation rassurante que procurait l’historique de leur entreprise. Il est sans doute agréable pour les dirigeants d’une entreprise de parler de leur réussite, mais en aucun cas c’est un argument de vente convaincant pour un internaute pressé. Il n’est pas question de produire des sites web anonymes pour autant, mais simplement de doser et de hiérarchiser intelligemment les propos concernant l’entreprise en enchainant rapidement sur les besoins pouvant être exprimés par les visiteurs. Parler de son entreprise tout en montrant un intérêt pour les besoins d’un client n’est absolument pas incompatible, par exemple l’agence Québécoise Zengo (que je citais déjà dans un billet précédent) affiche sur sa page d’accueil « Nous sommes obsédés par vos résultats » et détaille chacune de ses prestations en titrant « Ce que nous faisons pour vous ». Des études de cas classées par typologie de clients et ponctuées de témoignages permettent aussi de citer les domaines d’expertises d’une entreprise tout en plaçant client au centre du propos.
Law 2 : Customize your message / Loi 2 : Personnalisez votre message
Dans son article (encore une fois, rédigé il y’a 5 ans !) Vincent évoque déjà des débuts de technologies permettant de personnaliser le contenu d’une page en fonction des comportements des internautes. Ou est-on aujourd’hui ? En France, pas beaucoup plus avancé qu’il y’a 5 ans… les sites anglophones ont par contre commencés à intégrer le concept de page d’accueil personnalisée en fonction de nombreux critères (mot clés ayant permis de trouver le site, comportement sur des sites partenaires, comportement d’achat,…). La publicité commence aussi à sérieusement intégrer les informations comportementales recueillies sur les internautes pour diffuser des annonces ciblées (google, wunderloop), les sites e-commerce capables de s’interconnecter avec un CRM sont maintenant en mesure d’adapter l’offre en fonction des achats précédent. Quid des sites institutionnels ? Une simple segmentation des mots clés les plus régulièrement saisis pour accéder à un site permettrait de mettre en avant une offre en fonction de la recherche de l’internaute, au lieu d’annoncer les grands 5 savoir-faire de l’entreprise dés la page d’accueil, on pourrait focaliser sur une des compétences qui répond au mieux à l’expression recherchée.
Law 3 : Talk to them / Loi 3 : Parlez à vos visiteurs
Dans cette partie de son article, Vincent propose entre autre l’utilisation d’une interface permettant de dialoguer en direct avec un conseiller via un tchat intégré au site. La mise en place d’un tel système est bien entendu particulièrement destinée aux sites e-commerce qui disposent déjà d’un centre d’appel. Le public ciblé, l’organisation du site, les produits vendus sont aussi à prendre en considération avant d’envisager la mise en place d’un tel système. Différentes études montrent que certains consommateurs passent régulièrement en boutique pour interroger un vendeur avant de procéder à un achat en ligne, la présence d’un interlocuteur « humain » directement sur le site permettrait de sauter cette étape en rassurant et en informant le client directement avant l’acte d’achat. Mais quelle différence avec le centre d’appel clairement indiqué sur le site ? En utilisant une interface de tchat, comme par exemple liveperson, les interactions entre le conseiller et l’utilisateur sont très largement facilitées, l’opérateur sait a tout moment sur quelle page du site se trouve le visiteur, il peut l’orienter sur la bonne page en lui envoyant simplement l’URL. On peut aussi améliorer la qualité du service en envoyant par email l’intégralité de la conversation. Les historiques de conversations étant stockés dans le CRM, le prochain conseiller à prendre en charge ce client pourra s’y référer et mieux répondre à la demande. Des règles de gestions peuvent être mise en place pour déclencher automatiquement l’ouverture d’un tchat afin de proposer de l’aide au visiteur s’il répond à un comportement prédéfini. Enfin, les historiques de conversation permettraient aussi au service informatique de mettre en place des procédures d’amélioration basés de véritables retours utilisateurs.
Law 4 : Call to action / Loi 4 : Incitation à l’action
Les fameux CTA ont commencés à trouver leurs places dans les sites e-commerce, en effet les équipes marketing passent de plus en plus de temps à suivre de très près le nombre de visiteurs ayant dépassé le précieux stade de l’acte d’achat et tentent d’optimiser ce ratio. Mais la encore, pour les sites institutionnels, les sites francophones donnent un peu l’impression d’attendre paisiblement que les clients décrochent leur téléphone pour obtenir plus d’information. Je surf régulièrement sur des sites de sociétés américaines pour y trouver des livres blancs ou des screencast sur des sujet susceptibles de m’intéresser et a chaque fois que j’ai laisser mes coordonnées sur l’un de ces sites pour accéder (gratuitement) à une information de qualité, j’ai été contacté par un conseiller qui souhaitait connaître l’avancé de mes projets et savoir en quoi ils pouvaient m’être utile, même si je n’ai jamais conclu d’affaire avec ces sociétés, mais cet appel et ce professionnalisme me reste en mémoire et je cite spontanément ces sociétés quand je me retrouve face à un besoin qui correspond à leur prestations. Plutôt que de laisser vivre son site web dans un coin, la définition d’objectifs (et donc de CTA) permettrait de créer de constituer un véritable portefeuille de prospects pour l’entreprise, l’appel du service commercial à court terme après l’inscription du visiteurs permettrait aussi de confirmer le professionnalisme de l’entreprise.
Law 5 : Make a good impression / Loi 5 : Donner une bonne impression
Sur ce point, je dois bien avouer que les choses ont effectivement bien évoluées depuis la rédaction de l’article. L’importance de soigner l’aspect de son site a bien été intégrée par la majorité des sociétés. Cependant avec l’arrivée des système de gestion de contenu permettant à une entreprise de faire évoluer son site seule sans faire appel au prestataire qui à réaliser ce dernier, on constate parfois des déviations (tant sur le plan graphique que sur le plan éditorial) et l’apparition d’erreurs (lien rompu, contenu non mis à jour, etc…). Il est important dans le cas ou une société souhaite intervenir seule sur la mise à jour de son site (essentiellement pour des raisons budgétaire) que les documents définissants la charte éditoriale et graphique soient bien rédigés et à la disposition de tous. Aussi des bilans réguliers (dont la fréquence serait défini par la fréquence de mise à jour du contenu) pourrait être proposés par le prestataire afin d’auditer le site et de corriger les points qui pourraient nuire à la qualité du site (et donc à l’image de l’entreprise).
Conclusion
Alors rien n’a changé depuis 5 ans ? Bien sûr que si, les relations entre les prestataires web et les entreprises ont considérablement évoluées en quelques années. Les sociétés s’appuient nettement plus sur les conseils des prestataires web quand il s’agit de domaines d’expertises clairement identifiés (technologie, graphisme, ergonomie…) mais l’appel aux contributions du prestataire arrive encore trop tard dans le processus, le sacro-saint cahier des charges rédigé en amont et en interne ne prend pas en considération l’expertise que pourrait apporter une agence sur le positionnement, les objectifs et la ligne éditorial du site, ce qui a pour effet de verrouiller le cadre du projet avant d’envisager toute les possibilités.
Les sites web institutionnels des entreprises sont encore considérés comme des plaquettes en ligne, un média « vitrine » quasi obligatoire alors qu’il devraient être perçus comme des outils susceptibles d’affecter le mode de fonctionnement et la rentabilité de l’entreprise. Quant aux sites e-commerce, les règles du marketing offline y sont souvent appliquées sans tenir compte des spécificités du média et des nouvelles possibilités qui pourraient être saisies pour améliorer les ventes.


