En tant qu’auditeur fidèle de France Inter depuis quelques années, j’ai été très sincèrement contrarié par l’annonce du départ de deux des chroniqueurs que j’écoutais quotidiennement avec énormément de plaisir.
La question n’est pas de savoir si Stéphane Guillon et Didier Porte sont drôles ou pas (personnellement, je dois bien avoué qu’ils m’ont beaucoup fait rire dans leurs chroniques respectives, pas toujours certes, mais dans la grande majorité des cas). Les faits sont les suivants : La matinale de France Inter (dans laquelle officiaient les deux humoristes) représente 3,5 millions d’auditeurs (en audience cumulée). Nicolas Demorand (maitre de cérémonie de la matinale) à annoncé son départ (volontaire) de l’antenne pour des raisons personnelles alors qu’il avait été à l’origine d’une augmentation de 300 000 auditeurs en quatre ans. Bien que Radio France ne soit pas soumise aux même impératifs financier que les radios privées, l’objectifs d’un média est, me semble-t-il, d’être écouté (vu ou lu) non ? Alors quel chef d’entreprise digne de ce nom prendrait le risque de se passer de deux éléments clairement appréciés d’une partie du public (sinon ils n’auraient pas terminé la saison) dans la situation de crise causée par le départ de Nicolas Demorand ? Les caprices de « l’actionnaire majoritaire » (comme s’amusait à l’appeler l’un des deux chroniqueurs) doivent-ils être systématiquement respecter au risque de mettre en péril les chiffres d’audience ?
Et d’ailleurs, l’actionnaire majoritaire, n’est-ce pas finalement le citoyen qui paye consciencieusement sa redevance annuel ? Celui-ci s’est-il manifesté autrement qu’en écoutant régulièrement cette émission ? Encore des faits : L’un des deux humoristes à évoqué l’idée de sodomiser le chef de l’état (et il s’en est excusé à plusieurs reprises), c’est ce que font les humoristes, ils se moquent du pouvoir, c’est comme ça depuis toujours, et parfois ce n’est pas très classe. Le second relevait méticuleusement les abus d’un gouvernement constitués entre autre de racistes et d’homophobes, il s’amusait des histoires de moeurs de certains. Il n’inventait rien, il commentait en y ajoutant de l’humour des faits divers de la vie politique française. Encore une fois, c’est ce que font les humoristes, ils font rire… Et pour avoir oser faire ça, ils sont licenciés. C’est quand même le comble d’engager des humoristes et de les virer parce qu’ils font rire. Ah… oui mais non, c’est vrai, l’actionnaire majoritaire lui, il ne trouvait pas ça drôle. Les chiffres, l’actionnaire majoritaire, il n’y porte pas beaucoup d’attention finalement (ce qui, étant donné sa fonction quand il ne s’occupe pas de remodeler le paysage audiovisuel française, pourrait être inquiétant non ?).
Encore des faits, ce qu’on reproche à nos deux chroniqueurs, ce n’est pas d’avoir été drôle (et donc de remplir leurs obligations professionnelles) c’est d’avoir été blessant. Un homme politique peut être raciste, il peut tromper sa femme, annoncer lors de son mariage qu’il ne jurera pas fidélité… mais si vous lui répétez à l’antenne, la pauvre petite chose se froise. Dur métier que la politique.
Un dernier fait, pour la route : Après que monsieur Vanneste (député UMP) ait pris la parole à l’Assemblée Nationale le 7 décembre 2004 pour y annoncer que « le comportement homosexuel est une menace pour l’humanité », plusieurs associations ont porté plainte à juste titre. Le premier jugement à été en faveur des associations mais il a été annulé par la cours de cassation quelques années plus tard. A ce moment, de nombreux intellectuels bien pensants ont évoqué « une formidable nouvelle pour la liberté d’expression, pour la démocratie… » et ce n’était tristement pas ironique. Monsieur Vanneste est encore député UMP à ce jour, son appartenance au parti n’a aucunement été remise en question par Monsieur Sarkozy qui était président de l’UMP au moment des faits. Quand un membre de l’UMP insulte outrageusement une partie de la population (qui contribuent a payer son salaire) c’est de la liberté d’expression, quand un humoriste fait son métier et fait rire son public en se moquant d’un politicien par jour, il se fait licencier via une intervention (non assumée) d’un homme qui semble-t-il n’a pas très bien compris qu’il avait été élu pour servir le peuple et non pour utiliser les services public comme un outil de propagande.
Update (28/06) : Pour ceux que ça intéresse : La fanpage « Soutien à Stéphane Guillon et Didier Porte » et la pétition « Pour une radio publique indépendante » (je ne crois pas aux pétitions, mais je l’ai signé par principe).





